myriad of colliding ideas
Portail Santé en France : quelques pistes de réflexion pour éviter l’effet d’annonce
Hier après-midi, j’ai eu l’opportunité de participer, même pour quelques minutes, au tweetup organisé par Denise Silber (qu’est-ce qu’un tweetup ? quelques définitions sur Urban Dictionary) au sujet du site web de conseils médicaux voulu par notre ministre de la santé, Roselyne Bachelot.
La principale question était de peser le pour et le contre d’une telle initiative. De mon côté, la réponse est simple, claire, nette et sans ambigüité. C’est OUI ! À vrai dire, cela revient un peu à demander dans les années 70 après l’avènement du téléphone s’il faut créer un annuaire.
Cependant, on peut déjà percevoir les premières levées de boucliers de part et d’autre du spectre du monde de la santé français. Les médecins vont s’offusquer de la création d’un site pour les « remplacer », les associations vont y voir des données de patients exploitées par les grands groupes pharmaceutiques, et ces derniers dans leur mansuétude légendaire ne vont même pas réagir (quand bien même ils y auraient au moins un intérêt éducatif, informatif et/ou d’investissement…). Bref, le contexte n’est certainement pas encore prêt. Tout comme il ne l’était pas pour le marché du téléphone portable à la sortie de l’iPhone.
Pour faire un peu de prospective, j’ai essayé rapidement de m’imaginer ce que pourrait être ce site pour devenir le portail de référence de la santé en France. Une sorte de Google de la santé organisé comme un portail (à la Yahoo) et proposant notamment :
- Des liens vers les différents sites institutionnels des services de santé français (gouvernement et payeur) – Ameli ?
- Des liens vers les différentes mutuelles (autres payeurs) – Comparateur comme Compareo, Mutuelle ou Les Mutuelles ? Ou les institionnels et acteurs comme la Mutualité Francaise, la LMDE ou la MGEN pour les étudiants, ou les sociétés d’assurance classique : April, MMA, MAIF, Swisslife,
- Des liens vers les annuaires de médecins et établissements hospitaliers (fournisseurs de soins) – Le Guide Santé ?
- Des liens informatifs sur les médicaments et tout autre produit de santé pertinent (pourvoyeurs de produits de santé) – Eureka Santé (Vidal Grand Public) ?
- Des liens vers les campagnes d’information, d’éducation, de santé publique et de prévention (gouvernement et pourvoyeurs de produits de santé) – HAS, e-Cancer, Comité National Contre le Tabagisme ou encore Alcool Info Service.
- Un annuaire des campagnes de santé sponsorisées par les labos : la DMLA (Novartis), Un test un bisou (J&J) ou prevention-tabac.com (Pfizer)
- Des liens vers les associations de patients (patients) – Prendre l’exemple de l’annuaire des associations de patients du CHU de Rouen, celui de l’annuaire AAS, ou l’annuaire de Doctissimo
- Des liens vers les sites de prévention (gouvernement – mutuelle) – un mélange entre l’INPES et les sites privés, souvent financés par des mutuelles : MGEN, du RSI, de Prevadies, ou de Spheria.
- Des liens vers les sites d’éducation du patient (gouvernement)
À l’inverse, il me semble que ce site ne doit pas être:
- Un site de notation de médecins. Non pas que la France n’en ait pas besoin, bien au contraire, mais le contexte socio-culturo-économico-politique n’est pas encore prêt. Et ce point spécifique pourra faire l’objet d’un article à lui seul à l’avenir. Cela existe déjà à l’étranger : RateMDs.com est le leader américain (malgré son design bricolé sous Drupal) et Hao Daifu est un poids lourd chinois. Et dans une moindre mesure, Yelp dont j’évoquais récemment le lancement en français, permet également de noter les médecins et les établissements en France.
- Un portail à l’envergure bridée et limitée (à quelques services publics, ou réservés à un public particulier). Autant voir les choses en grand dès le début, en prenant le temps de s’adapter au fur et à mesure.
Ces listes ne sont évidemment pas exhaustives, et le débat est ouvert. N’hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires !
Et comment faire pour que ce site prenne forme, et rapidement ?
Le Figaro l’évoquait dans l’introduction de son article sur le sujet : « Bachelot veut créer un site web de conseils médicaux », il faut faire appel à des poids lourds de l’internet francais. Le gouvernement sait le faire. La preuve ? La collaboration entre le gouvernement et Skyrock (et ses skyblogs) pour s’adresser aux jeunes et les aider dans leur orientation avec Waka. Sans rentrer dans les détails et aléas de ce partenariat, la stratégie semble néanmoins bonne. Et dans notre cas, pourquoi ne pas s’imaginer que le Ministère de la Santé s’allie à un Doctissimo ou un Passeport Santé pour lancer son portail de santé publique ? À vrai dire, cela tombe sous le sens…
Parmi les risques à prendre, existe évidemment celui des médecins. Un bon portail ne se fera pas sans eux, mais n’aura absolument pas vocation à les remplacer non plus. Cependant, le succès dépend beaucoup de l’usage et des recommandations qu’ils en feront à leurs patients. Et pour ce faire, il faut que ce portail devienne simplement un outil de travail comme leur stéthoscope, leur blouse blanche, leur dossier patient, leur stylo. Et il doit donc regorger d’outils simples, d’informations pratiques, qu’ils puissent autant utiliser pour eux (les référentiels de la SNFGE pour les gastro-entérologues est une excellent exemple) que pour leurs patients (on peut s’imaginer que le docteur se connectant de son profil, fasse suivre des liens concus pour les patients en leur demandant leur adresse email pendant la consultation). C’est un des principes essentiels des médias sociaux, la rapidité et la facilité technique de partage de l’information.
Et pour que ce site devienne la référence en termes de santé en France, sa notoriété doit rapidement atteindre une taille critique. L’idée du standard et du numéro vert est évidemment à reprendre du NHS (le traitement des données et de leur confidentialité sera très important, mais la CNAMTS l’expérimente déjà avec Sophia) pour pouvoir atteindre les personnes non équipées pour naviguer sur le net. Après quelques mois de beta testing et de lancement progressif, une campagne de communication est également nécessaire. En s’appuyant sur les ARS, on peut même s’imaginer que ces dernières s’adressent à des agences locales pour relayer la campagne.
Une stratégie sur les réseaux sociaux est également de mise (avec des comptes Twitter, YouTube, DailyMotion et de belles pages Facebook pour drainer du trafic). Enfin, l’implication des patients et des professionnels de santé sera l’une des clés. Leur participation doit être envisagée dès le début et canalisée (pas contrôlée) par la proactivité d’une équipe efficace de community managers. Pour en apprendre davantage sur le community management, consultez ces deux sites de référence en francais : managerunecommunaute.com ou celui-ci en anglais : communitystrategist.net
Ainsi, lorsque vous en viendrez à vous poser une question, même simple, sur un sujet de santé, le premier reflexe sera d’aller sur la toile et de consulter ce site. Il se basera autant sur l’expérience partagée des internautes (les faire participer, témoigner, voter, etc…) que sur l’avis légitime de médecins (intervention comme experts, questions réponses), sans toutefois remplacer une consultation chez ce dernier (un beau disclaimer à mettre evidence sur la première page). Et on peut envisager une fonction fortement incitative à la consultation, lorsque le problème posé ne se règle pas facilement à coups de médicaments en vente libre.
Des exemples à suivre ? L’anglais NHS Direct est évidemment une référence puisqu’il est cité par la ministre. Mais il existe également dans d’autres pays des sites institutionnels similaires qui peuvent alimenter la réflexion.
À Singapour (dont le modèle du système de santé est plébiscité depuis des années, lire ces articles « The Singapore Model » par The American et Privatisation du système de santé – L’exemple de Singapour), le grand public dispose également d’un site internet d’information : Health Promotion Board, fournissant actualités, outils, annuaires et même des espaces personnalisés. Et ce qui fait la force de Singapour est cette démarche permanente de prévention et d’éducation. Cela peut paraître un peu simplet (Singapour est un peu le pays des bisounours), mais en allant sur
place on se rend compte que cela fonctionne !
À Hong Kong, on s’attend à ce que le patient soit « intelligent » et le site s’appelle donc Smart Patient. Au programme, un peu comme à Singapour mais un ton en dessous, beaucoup d’informations et de programmes éducationnels, et une emphase sur les maladies chroniques, le cancer, et la responsabilisation du patient que l’on encourage à contrôler sa santé et prendre contact avec des associations. Il doit certainement exister d’autres portails de ce type (l’approche de Everybody.co.nz en Nouvelle Zélande est intéressante, même si elle est le fait d’une entreprise privée), n’hésitez pas à les partager dans les commentaires.
Pour conclure, comment la mission doit-elle s’organiser pour remettre un rapport tenant la route ? Une consultation sur Internet relayée par une belle campagne de relations presse devrait y aider. Cela pourrait même prendre la forme d’un sondage anonyme ou pas. Et l’organisation d’un référendum informel (mailing avec bulletin réponse + enveloppe T) auquel la personne consultée répondrait en s’identifiant par son numéro de sécurité sociale serait une hypothèse à creuser !
Espérons donc que cette annonce de Madame Bachelot ne se limite pas qu’au simple impact que celle-ci a généré. Maintenant que son idée a été émise, le lancement d’un tel site s’impose comme une évidence à court terme !
| Print article | This entry was posted by Xavier on 01/06/2010 at 15:48, and is filed under Français. Follow any responses to this post through RSS 2.0. You can leave a response or trackback from your own site. |

about 3 months ago
“Bachelot présente le projet santé 2(.)012″ sur Jaibobola : une vision complémentaire à ton analyse très intéressante… http://bit.ly/aZ7rtL
about 2 months ago
Si ces (nombreuses) propositions sont intéressantes, je doute de la “capacité” de nos institutions sur le sujet, qui rejoint un peu à mon sens la “polémique” sur la certification HON : quelques éléments de réflexion en fin de l’article http://oph.girmens.fr/2010/06/09/evaluation-des-sites-internet-sante-hon-ou-nonhon/ …